
LES ENFERS
Mon frère...
Qu’il y a t-il au-delà de cette porte ?
Que recèle l’obscurité ?
Suis-je prêt à accueillir c'qu’elle m’offre ?
Qu’ai-je vraiment mérité ?
Voilà les questions qu’j’me pose
et j’ne cesse d’hésiter.
Malgré toutes les versions qu’on m’donne,
je cherche encore la Vérité.
A en croire
Ulysse, Achille
Tantale, Sisyphe et les autres,
il n’y a qu’à voir tout ce qu’on fait ici,
les bonnes oeuvres et les fautes.
Il paraît qu’il y fait froid,
même si la chaleur des flammes
qui y apparaissent
N’a d’égal que le magma
à la surface du soleil.
Qu’on y nage
Qu’on y brûle
Qu’on s’y noie
Ou qu’on y lutte.
Je crois pouvoir être sûr
Que notre ignorance nous consume.
A toi d’me dire,
si nous avons
encore le choix de fuir
lorsque nous ne savons pas
où nous allons.
Où nos pas nous conduisent...
A toi d’me dire !
​
Mon frère écoute en vérité.
Le chemin à venir est sombre
Si nous passons d’l’autre côté
pour aller visiter les ombres.
On ne nous attend pas encore
Mais la route de tous les hommes
Converge en un seul point, la mort,
Dont nous pénétrons le royaume.
​
Nombreux sont ceux qui l’ont décrit
Plus encore ceux qui y résident
Le Psychopompe nous a conduit
Poussons les portes, je suis avide,
d’en savoir plus : Est-ce que Thanatos nous attend ?
Cette nuit sera-t-elle celle où nous quitterons les vivants ?
On dit que la phosphorescence
Éclaire le chemin des âmes
Qu’il faut faire preuve de prudence
Quand le passeur vous tend la rame.
Que les malheureux suppliciés
Subissent des dieux la colère
Allons courage, posons le pied
Entre les portes des Enfers.
​
​
REFRAIN musical
Dans cet espace où tout est sombre
Il n’y a que les âmes de ceux qui tombent
Régulièrement six-pieds sous terre
« Droit devant » allons-y mon frère !
N’ayons pas peur de cette demeure
Ni des visages de ceux qui meurent
Et si la Vie est un long fleuve tranquille
La Mort fait qu’on chavire.
Après le Styx et sa traversée
On se rend compte qu’ici
Les lois de la Vie se sont inversées.
A mesure qu’on respire
Notre poitrine se serre
Aucune place ici
Ne serait-ce que pour une brise
Ou un peu d’oxygène.
Les fleuves
Sur lesquels on navigue
Sont comme des fleurs
Qui parfois servent d’habits à nos bouquets d’épines.
Le Cocyte est nourri des pleurs
Des morts sans sépulture
Ceux tombés un jour à la guerre
Comme ce fut le cas aux Arginuses.
La faim, la soif
L’étreinte, l’angoisse.
Toutes les pires choses que l’on connaisse
Ont ici une place pour leur règne.
Il y a des juges, des monstres
Des trucs dont je
N’connais pas le nom.
Des âmes errantes
Qui ont peut-être la clef des songes.
Au loin je distingue le Tartare.
Et le son du fouet de Tisiphone qui claque.
J’aimerais faire demi-tour
Mais je crois bien qu’il est trop tard.
Dans ce monde où Hadès et Perséphone dominent tout
Il n’est pas de place pour les couards !
Je ne suis pas prêt mais qui l’est ?
Cerbère a soufflé des narines
Trois têtes pour un regard
Les frissons parcourent mon échine.
Le fond de l’air est frais, je tremble
Aux lueurs des roches diaphanes
Les âmes passent et il me semble
qu’aucune tempête sous un crâne.
Ne semble perturber ces gens
Quelques libations les ramènent
A la surface pour un instant
Puis ils reviennent, un sourire blême.
Crispe leur visage ; je vois
Au loin la grande silhouette
De celui qui sur le trépas
Règne d’un air las ; sa tête,
N’est pas inconnue des humains
Et aux quatre coins de la Grèce
On le révère et on le craint
Le roi des Souterrains, Hadès...
À ses côtés, fière elle trône
Altière et lumineuse
La reine des morts Perséphone
Elle sourit, elle est heureuse.
Elle se partage entre les mondes
Entre les morts et les vivants
Elle rapporte à ces pauvres ombres
Un peu de lumière du Printemps.
Car une fois passé l’Érèbe
Il n’y a que flammes et malheur
Le bruit les cris et la fureur
Le cauchemar est dans le rêve.
Mon frère j’ai peur que dans la mort
Il n’y ait que peu de réconfort
Car même les âmes célèbres
Arborent une mine funèbre.
Je vois Achille, il gémit
Il voudrait rompre cette errance
On dit que la gloire n’a de sens
Que dans la lumière de la vie.
Mais voilà que mon sang se glace
Peut-être est-il déjà trop tard
Car il fallait bien que l’on passe
Devant les portes du Tartare.
​
​
REFRAIN musical
​
Ça y est nous y sommes !
La forteresse aux grands remparts et à l’enceinte infranchissable.
Qui y a-t-il vraiment ? des monstres ? des hommes ?
Dans ce trou noir nommé Tartare.
Un nouveau fleuve
Le Phlégéton
Un nouveau feu
Qui embrasse la zone
Et qui embrase tous ceux
Qui veulent la quitter pour une autre.
Dans cette prison d’airain
Notre horizon devient
Noir et rouge
Presque plus rien du tout.
Cette résidence retient
Tous les fous
Sans réticence
Qui ont cru bon de mettre à mal les Olympiens.
Titans, Géants
Ou bien humains
Tout en allant jurant
Ils crient à l’aide.
Mais nous n’pouvons rien faire
Malgré l’appel
Malgré la peine
Dans laquelle leur souffrance enferme.
Torturés pour toujours
Certains n’en finissent pas de payer
Leur outrage à Zeus
Mais Hadès reste sourd
Alors ils restent seuls.
​
En ce qui nous concerne
Je vois que nos pas deviennent
De plus en plus lourds.
J’ai besoin d’air
Qu’en est-il de toi mon frère ?
Philos, je me sens à bout de force
Il faut qu’on sorte !
​
Non, ne regarde pas derrière
Courrons vers les Champs-Elysées
Baignons nos corps noirs de poussière
Dans les eaux vertes du Léthée.
Mais en boire une seule goutte
Amnésie généralisée
Un oubli salvateur sans doute
Pour les âmes réincarnées.
Pas de ça pour nous, tu le sais
Passons par la porte d’ivoire
Laissons le jour nous réveiller
Laissons le songe à nos mémoires.
Soudain fend les cieux noirs un cri
Du désespoir le plus immonde
Et les éclats d’un rocher qui
Roule jusqu’à la fin du monde.
Il roule, il roule le rocher
Poussé très fort par l’inventif
Qui se joue des dieux le rusé
Le malheureux nommé Sisyphe.