
LES MOIRES
Immortelles mais vieilles et laides
Elles sont comme condamnées
Elles détestent les jeunes et belles
Celles qui laissent loin derrière la pesanteur des années
Elles sont toi, elles sont moi
Elles sont nous,
Elles sont tout si l’on y croit
puisqu’elles touchent du bout des doigts
Les choix du monde et leur trajectoire
Les Moires !
C’est ainsi qu’on les appelle
C’est un signe si ce soir la lune
Alors pour une fois SVP levez la tête
Et croyez-moi
​
Elles ne sont pas celles que l’on appelle pour faire la fête
Car elles la troublent
Si elles trouvent
La pomme d’Eris ou la petite bête.
Leur appétit se perd dans nos bêtises
Clotho, Atropos et Lachésis
Toujours trop tôt
Quand elles nous imposent de partir
Et vu les fils qu’elles tissent
Ariane doit se sentir toute petite !
Pas de mariage
Pas de mort
Sans que les Moires ne le décident.
Vous l’aurez compris
Pour les Grecs vivre sans elles
c’est vivre sans peine
Mais aussi sans espoir
Comme un oiseau qui vivrait sans aile.
...
​
Entre leurs mains notre destin
Entre elles et rien notre vie tient
À pas grand-chose
Puisqu’on s’expose
et qu’on aimerait
Que nos efforts
Les exhortent à la paresse.
Mais il n’en est rien
À peine on les évoque et elles apparaissent.
Et alors ce sont nos liens qu’elles distordent
Dans la discorde
Elles...
Les tissent et les coupent
Esquiver les coups
Inutile puisque
Elles ne frappent pas
Ni à la gorge, ni à la porte
Pas de blablabla
Le saviez-vous ?
Elles sont divines en quelque sorte
Et ce qu’elles font divise ce qui sont pour et ceux qui sont contre.
Déterminisme ou libre arbitre
Elles omettent de nous dire que leurs fils sont invisibles !
...
D’après ce qu’on raconte
Elles aiment quand on s’allonge
Et leur pouvoir fait qu’elles sont
Bel et bien présentes lorsqu’on en parle
Alors n’oubliez pas de percevoir votre ombre comme le signe qu’elles vous suivent.
Elles aiment qu’on les subisse
Elles voudraient qu’on les supplie
Comme une brindille face au vent
Ou comme cette mère face à Salomon
Prête à tout pour sauver son fils.
Sur nos doutes
Elles insistent
Pour qu’on évite
d’être sûr de nous.
Cette fois je les entends
Leur vengeance se prépare
Comme à chaque fois que l’on pense qu’on leur échappe.
Une flamme et un jerricane
pour que s’embrase
Chaque voile de nos illusions
Chaque fois qu’elles nous parlent
Elles le font à l’unisson
Alors pour une fois croyez-moi
et prenez le temps d’écouter vos songes...
Elles tissent les fils de nos vies,
et tirent les ficelles.
Les Moires,
Tissent les fils de nos vies !