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NARCISSE

 

Loin d’ici à Thespies 

Proche de la Béotie.

 

Le dieu fleuve Céphise fait violence

 à la nymphe Liriopé, sa souffrance

 Vous pouvez le deviner, donne naissance

 A un enfant dont les traits sont purs.

 

Éblouie par sa beauté sa mère

 Inquiète avant même d’être fière

 Va consulter Tirésias, le devin qui lui dira

 Narcisse vivra, tant qu’il ne se connaît pas.

 

Narcisse a quinze ans, bientôt seize

 Un méchant regard de braise qui fait rougir les gens comme des fraises

 

Hommes, femmes, dieux, déesses, nymphes et satyres

 Tous sont sous le charme de celui qui les attire.

 

Mais sous son corps d’Apollon

 Défaut de fabrication

 Tristesse et violence lors de sa conception.

​

 Narcisse s’en fout : il n’a pas de cœur

 Il ne connait pas la haine, ni l’amour, ni la rancœur.

 

 

Regarde-toi, regarde-moi

 Tu me reflètes et chacun pour soi

 Quand je bascule, tu te recules

 Je te reflète et chacun pour moi.

 

 

L’orgueil de Narcisse ne se dément pas

 À mesure qu’il grandit, tous lui emboitent le pas.

 

« Qu’il est beau ! » s’écrient les passants, et leur pamoison

 N’a d’autres conséquences que son inaction.

 

Un jour qu’il chasse le cerf au fond de la forêt

 Lui parviennent les rebonds de sa voix déformée.

 

C’est Echo, la nymphe, qui folle de lui

 Ne peut devant son air inquiet que répéter ce qu’il dit :

 

"Eeeeeehoooo,

Eeeeeehoooo"

 

"Qui es-tu ?

Qui es-tu ?"

 

"Réunissons-nous !

Réunissons-nous !"

 

À ces mots Echo, sort des fourrés

 Se jette à son cou pour l’embrasser.

​

 Mais son regard de pierre la laisse sans voix

 Je préfèrerais mourir plutôt que d’être à toi.

 

Et les dieux sont fâchés, et Némésis l’entend

 Qui est cet énergumène qui pour l’amour n’a pas le temps ?

 

La déesse de la vengeance imagine un châtiment

 Qui poursuivra l’espèce humaine jusqu’à la fin des temps.

 

 

Regarde-toi, regarde-moi

Tu me reflètes et chacun pour soi

Quand je bascule, tu te recules

Je te reflète et chacun pour moi.

 

 

Narcisse parvient jusqu’à une source limpide

 Auprès de laquelle un lac s’est formé ; d’un pas rapide.

 

Narcisse va s’abreuver, rien ne trouble la surface

 Rien ne se passe et pourtant, Némésis est sur ses traces.

 

Narcisse se penche sur l’eau et son ventre se tord

 Ce qu’il vient de voir le fait trembler de tout son corps. 

​

Comment peut-il exister autant de beauté

 Mais l’être qu’il contemple n’est que son propre reflet.

 

Et le choc est grand, et la peine est lourde

 Il touche son reflet et le voit se dissoudre.

 

Hélas, s’écrie-t-il en murmurant à demi voix

 Je voudrais tant que ce que j’aime fût plus loin de moi.

 

Et au fil des jours, et au fil des mois

 Son visage émacié prend la couleur du trépas.

 

Ses cheveux fanés couvrent ses orbites creuses

 Et les larmes versées mouillent sa voix caverneuse.

 

Ma richesse a causé mes privations

 Je finis de m’abimer dans la contemplation.

 

De moi-même et j’expire, puisse mon dernier soupir

 Rendre hommage à la beauté que l’on n’a pas su chérir.

 

Sous la beauté de son corps, sous la laideur de son cœur

 Se mit à pousser une ultime fleur 

Le Narcisse fleurit là où Narcisse meurt!

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