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ORPHEE

 

 

Il était un jeune homme dans les temps anciens,

 qui contrôlait le monde par le bout des mains.

 

De ses doigts délicats, sur les cordes tendues,

 d’une lyre il chantait, l’homme au sourire perdu.

 

Les neuf cordes d’Orphée faisaient fleurir les coeurs. 

Elles soulevaient les rocs, faisaient pleurer les fleurs.

 

Et le son de sa voix, céleste et lumineuse

Ébranlait fort le corps de toutes les pleureuses.

 

Il domptait les dragons, faisait taire les sirènes. 

Courrait les aventures sans que rien ne le freine.

 

Par sa lyre et sa voix, il était invincible,

mais la flèche d’Éros a pris son coeur pour cible.

 

Un matin dans le bois, quand chante la forêt,

il rencontre Eurydice, dryade qui transperce, 

Son corps par son regard, son coeur par ses baisers,

le feu recouvre Orphée : c’est l’amour qui le berce.

 

Mais l’Amour a son temps, et dans le cas d’Orphée,

 c’est la Mort qui le prend lorsqu’un berger servile,

s’approche d’Eurydice un jour dans la forêt,

elle s’enfuit et s’effondre, mordue par un reptile.

 

 

Orphée, tu descends, et pendant ce temps, elle t’attend

 

 

 Et son corps devient froid sous les larmes d’Orphée, 

qui n’en croit pas ses yeux d’avoir perdu l’Amour.

 Ni sa voix ni sa lyre n’empêchent le retour, 

de son âme aux Enfers, partie à tout jamais.

 

Orphée se tord, Orphée se tue

 Tempêtes de soupirs et rivières de larmes.

 Son âme déchirée par sa moitié perdue,

 ne survit pas, alors elle s’arme.

 

Une lyre, une voix, point n’est besoin de plus. 

Ajustant sa tunique et laçant ses sandales. 

Le poète descend, il va chercher sa muse.

 Dans les confins du monde aux lueurs infernales.

 

Il a marché longtemps, le frissonnant poète, 

dans les noirs souterrains aux couleurs tuméfiées, 

déjouant les obstacles, exposant sa requête, 

je viens chercher ma belle et je m’appelle Orphée.

 

 

Orphée, tu descends, et pendant ce temps, elle t’attend

 

 

Et sa lyre l’emmène, en charmant en chemin,

les oreilles des morts, qui chantent ses refrains,

l’emmène jusqu’en bas, l’emmène jusqu’aux trônes,

du roi et de la reine, d’Hadès et Perséphone.

 

Elle lui dit : 

"Indicible poète, seule une règle est d’Or

 Jamais, Ô grand jamais sur le chemin des morts

 Tu ne devras poser un seul regard sur elle

 Avant que ne la touchent les rayons du soleil."

 

Orphée est épuisé mais son coeur est en fête.

 La seule condition ne pas tourner la tête.

C’est heureux qu’il s’en va, suivi, croit-il rêver,

par un fantôme aimant dont le pas est léger.

 

Mais le retour est dur sous la froideur du sol,

 et son âme est troublée, et ses pensées s’affolent.

 

Est-elle bien derrière moi ? Car je n’entends plus rien.

 Le doute est le refrain de l’histoire des humains.

 

Orphée, tu descends, et pendant ce temps, elle t’attend

 

​

Et lorsque le premier des rayons du soleil,

caresse la paroi, qu’il voit enfin le ciel.

 

Le poète, épuisé, se retourne : il l’a vue

 Ne lui restent alors que les souvenirs nus.

 

Mortifié il regarde son amour dans les yeux. 

Contemple, désolé, la beauté qu’il renvoie.

 Au royaume des ombres, sans même savoir pourquoi,

le plus charmant des hommes peut tout sauf être deux.

 

Et je vois vos regards et j’entends vos soupirs. 

Mais pourquoi mais comment, peut-on rien faire de pire ?

 

Cette question venue du plus profond des temps. 

D’où vient chez les humains cet amour du néant ?

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